If I Knew

500 mots par jour.

Je viens de finir ma session quotidienne et je profite du fait que mes doigts aient encore envie de danser pour étendre le bal.

Je me détache de mon manuscrit, de mon arithmétique journalière. Je me tourne vers une autre page blanche qu’il faut noircir, un page blanche comme une fenêtre ouverte.

Ouverte. Pas forcément grande ouverte. Entrouverte.

Il y a 45 jours, j’ai délibérément trashé 40’000 mots. 18 mois d’(in)activité littératurienne. Des heures à pianoter sur un clavier réticent. 40’000 mauvais mots, mais 40’000 mots tout de même.

Pou-belle.

J’ai trashé non seulement les mots, les 40’000, mais le concept, l’histoire, ainsi que la plupart des personnages.

Tout.

Presque tout. J’ai conservé la période et l’endroit (Altdorf, circa 1315). J’ai sauvé 3 ou 4’000 mots, des vagues descriptions des Alpes suisses pour la plupart.

Depuis ce jour libérateur, je me suis remis à écrire.

40’000 mots en 45 jours.

A la différence de la première version, où les 40’000 mots étaient distribué de cette façon inégale (5’000 premier chapitre, 3’000 2eme, 2’000 3eme, et plus grand chose après le chapitre 10), j’ai été capable de construire le roman entier. Un millier de mots pour chacun des 39 chapitres. J’ai un début, un milieu et une fin. Une histoire. Le roman est déjà lisible. Et dire qu’il m’avait fallut presque deux ans d’écriture pour les 7 Sages avant d’oser imaginer le faire lire à quelqu’un.

45 jours. Un roman de 40’000 mots. 132 pages en Arial 12, 1.5 spacing.

45 jours…

Je m’étais fixé un but ambitieux ; toucher la barre des 40’000 mots vers la mi-février. J’ai détruit ma propre deadline par 45 jours.

J’ai beaucoup écrit, mais je n’ai pas vraiment relu le manuscrit.

Pour l’instant, voici mes premières impressions du Vent du Meurtre :

Le début : Pas trop mal. Je crois que j’ouvre au bon moment. Je dois juste faire attention à aligner la présentation des protagonistes d’une façon logique. Je suis assez fier de la scène du point de non retour. Un ptit clin d’œil à l’histoire suisse…

Le milieu : Peut-être la meilleur partie, mais je n’ai pas encore essayer d’intégrer tout le background et le contexte historique. Je vais devoir trouver un moyen de résumer 1000 ans d‘histoire en quelques brefs fragments de texte.

La fin : Si les deux dernières scènes déchirent (et l’épilogue encore plus – muahahahah!), les deux scènes qui mènent à l’orgasme sont un peu flat. Mon VP tourne en rond. Je vais devoir appliquer un peu de pression, et éliminer les tergiversations superflues.

Demain je commence la 3eme couche. 500 mots par chapitre, avec comme but de consolider la structure de chaque paragraphe, de chaque chapitre, de chaque scène. Une fois la 3eme couche apposée, j’aurai 20’000 mots de plus, et une structure plus ou moins complète. La 4eme couche consistera à finir les descriptions, à ajouter des transitons là où les changements sont trop abruptes, rajouter un peu de couleur. L’application de la dernière couche, la 5eme, est la partie la plus délicate. Il s’agit de convertir des chaines de mots en une voix claire et distincte. C’est ma partie préférée.

La capture de cette voix élusive est une quête de tous les instants. J’écoute, je lis, je vis pour cette voix. Je m’immerge dans des conversations autour de moi pour saisir les mécanismes du dialogue, je mate des documentaires moisis sur le moyen âge sur Discovery, je lis et relis le début de Lonesome Dove, j’accumule des montagnes de savoir en forme de détails insignifiants.

Tout cette activité me laisse à peine le temps d’écrire.

C’est peut-être aussi pour ça que j’avais vraiment envie de finir ce post. En dépit des obstacles (fin de l’année, deux kids, une femmes, une soirée à préparer, des potes à recevoir, une doucha à prendre, un café froid à boire). Par gratitude envers tous ceux qui continuent de visiter cette page, de me lire au grès des bons et des mauvais mois, en dépit des fautes d’orthographe et des clichés cinglants.

J’ai envie d’écrire parce que l’on vit les derniers instants de l’année (et, qui sait, de la fin du monde grégorien). Une année superbe. Une année de merde. J’y reviendrai…

Voilà. Ma dernière chance de vous dire merci, de vous dire que chaque interaction est un don, que je me nourris de mots échangés et que j’en tire l’énergie nécessaire pour continuer de taper sur mes touches, mots par mots, sans autre but que d’écrire une histoire.

Une bonne histoire.

Peace

About Stephane

Stéphane Rodriguez est né à Genève en 1973. Après des études de science politique à l'université de Genève, et un bref détour par la place financière locale, il s'envole pour New York, où il travaille depuis près de 10 ans dans le domaine de l'Internet. Il vit à Brooklyn, NY, avec sa femme et ses deux enfants. "Les 7 Sages" est son premier roman.
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2 Responses to If I Knew

  1. PatrickB says:

    Continues à écrire; c’est toujours un plaisir de te lire!

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